Il paraît que je suis guéri

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Hier, le 19 octobre 2018, était le dernier jour de mon arrêt maladie pour burnoutCe n’est pas arrivé parce que les médecins m’ont déclaré guéri, mais parce que la Sécurité Sociale a décidé de consolider ma situation. Le médecin conseil de la CPAM est parti du principe que mon état ne s’améliore plus, ni ne se détériore. Je serais donc stabilisé. Par conséquent, il paraît que je suis guéri.

Cette situation aurait pu être bien plus grave. Je me souviens qu’à la fin de l’année 2016, l’année de mon burnout, l’assistante sociale m’avait clairement fait comprendre que les indemnités journalières allaient prendre fin le 31 décembre. Ce qui était complètement faux. Un mensonge qui m’avait fait replonger dans la dépression. C’était atroce. Je ne sais pas ce qu’il me serait arrivé alors.

 

Les origines de ces décisions

En 2016, ce qui m’avait dévasté n’était donc pas l’avis d’un médecin, mais la parole malheureuse d’une assistante sociale non compétente. Quand je dis cela, ce n’est pas juste pour remettre en cause sa capacité sans aucune réflexion au préalable. Cette dame est, en quelque sorte, elle aussi victime d’un fonctionnement bancal du système d’assurance maladie et du système du monde du travail. Les caisses d’assurance maladie ont la vie dure car les gouvernements les questionnent souvent sur l’augmentation incessante des frais.

 

Mauvais comportement des malades ?

Santé Magazine, le 10 octobre dernier dans « Arrêt maladie : près de 25 % des salariés ont recours à des faux », tente de retirer la cible pointée sur un soit-disant mauvais comportement des Français. Ce que les politiques tentent de montrer du doigt comme étant l’une des causes de l’augmentation des dépenses des caisses d’assurance. Une augmentation estimée à 19% entre 2010 et 2017 par Geoffroy Roux de Bézieux, le patron du Medef (Le Parisien, 17 oct. 2018).

Cette épineuse question d’augmentation des frais médicaux des Français a de quoi faire grincer nos dents. Le patron du Medef (pour Mouvement des Entreprises De France, organisation patronale fondée en 1998) souhaite clairement que les assurances maladie fassent davantage de contrôles. C’est sans oublier que les médecins sont actuellement déjà contrôlés mensuellement par les caisses. En effet, nos médecins doivent s’expliquer sur le bien fondé des arrêts maladie. Question contrôle, ils ont donc déjà ce qu’il faut…

il paraît que je suis guéri - mauvaise cible

Mauvaise cible ?

Personnellement, je suis assez confiant vis-à-vis du comportement de la population vivant en France. Je ne suis pas non plus idiot, je pense qu’il y a effectivement une minorité de personnes cherchant à profiter du système sans aucun scrupule. Mais la proportion serait de combien ? de 1%, de 5%, de 10% ?

Même le chiffre de 25% avancé dans l’article de Santé Magazine est remis en question par son auteur. Celui-ci précise en effet que 80% d’entre eux le font parce qu’ils ne veulent pas retourner au travail. Sous entendant une souffrance au travail comme on pouvait déjà le lire dans le magazine dans un article du mois de juin.

 

La difficulté de faire face aux coûts

C’est effectivement, et tout simplement, la difficulté de faire face au coût croissant des besoins médicaux des Français qui est à l’origine de mauvaises décisions des médecins conseils. On les pousse à réduire les coûts en réduisant le nombre de malades. Ce qui ne signifie pas que les gens ne soient plus malades. A force de faire la chasse aux sorcières on oublie le vrai problème de fond. Brûler les sorcières n’avait jamais permis à l’Eglise de chasser le mal !…

mauvaise décision
©Nicolas HSK

Une attitude contre-productive

Je trouve complètement aberrant de chercher à réduire les dépenses en choisissant de punir les malades ! C’est comme si, pour le budget familial par exemple, on commençait par réduire l’alimentation avant de réduire d’autres coûts plus superflus. C’est complètement le monde à l’envers. D’autant plus qu’agir de la sorte engendre des frais bien plus importants au bout du compte : tout comme la malnutrition provoque des conséquences catastrophiques aux coûts importants, la mauvaise prise en charge d’une maladie a des conséquences plus coûteuses. Sans parler des conséquences sur la santé de la personne.

Prenons mon cas en exemple type. Mon ancienne assistante sociale a été à l’origine de deux de mes rechutes. Bien que j’ai pu lui reprocher ouvertement ces faits, aujourd’hui j’ai pleinement conscience que cette dame n’était pas LA responsable. Elle n’a été que le marteau avec lequel le système m’a assommé, un outil. Le but étant de réduire le nombre de malades tous les moyens sont bons. Et il n’y a rien de plus facile de faire l’autruche en face d’une personne atteinte du syndrome de burnout ou tout autre syndrome et maladie du domaine psychique. Quand ça ne se voit pas comment le prouver ? C’est par ailleurs l’une des sources principales de la difficulté à reconnaître le burnout comme maladie professionnelle.

 

Il paraît que je suis guéri

il paraît que je suis guéri
« Mais quelle forme ! »

La conséquence de ce système, que j’estime dérivant, est le fait que des personnes en souffrent. Et elles ne font pas semblants. L’autre chose que je trouve littéralement écœurant est qu’on fait passer les médecins pour des resquilleurs. On les prend presque pour des dealers de feuille de soin ! Penser et agir de la sorte est d’une mesquinerie totale de la part des dirigeants de notre pays. Sans vouloir politiser mon discours, j’avoue que je me pose malgré tout des questions au sujet de la façon dont est gérer l’ensemble.

En tout cas, grâce au temps passé, grâce aux soins reçus, à des encouragements etc. je me sens aujourd’hui suffisamment bien pour passer un autre cap. Peut-être referai-je une rechute ? Mais personne ne le sait, et surtout pas moi. Alors, comme il paraît que je suis guéri, avec ma femme, on a décidé de fêter l’événement ! « C’est pas comme ça qu’ils vont nous avoir ! » Un bon crémant d’Alsace versé dans des flûtes, nous avons festoyé en l’honneur de notre présent et de notre futur !

 

Nicolas HSK

 


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